Christine Boutin : «Pas d’expulsion sans relogement»

La trêve hivernale prend fin dimanche. Dans un entretien exclusif à notre journal, Christine Boutin promet l’arrêt des expulsions sans alternative pour les locataires.

Dimanche 15 mars sonne la fin de la trêve hivernale et du sursis pour tous les locataires sous le coup d’un jugement d’expulsion. Dans quatre jours, les expulsions pour défaut de paiement de loyers (dix mille ont été prononcées avec recours à la force publique en 2008) pourront donc reprendre, et ce, jusqu’au 1er novembre. Mais, dans un entretien exclusif, Christine Boutin annonce que la fin de cette trêve devient caduque : il n’y aura plus d’expulsions sans solution de relogement ou d’hébergement.  

La ministre du Logement rappellera cette obligation aux préfets aujourd’hui, lors d’un déplacement à Châlons-en-Champagne (Marne).

Un collectif de trente-deux associations d’aide aux mal-logés a demandé un moratoire sur les expulsions. Que lui répondez-vous ?
Christine Boutin.
Je lui dis : « J’ai mieux à vous proposer. » Désormais, il n’y aura plus de personnes mises à la rue, plus d’expulsions sans une solution de remplacement. Un préfet ne mettra plus à exécution un jugement d’expulsion sans proposer un relogement ou un hébergement pour les locataires dans l’impossibilité de payer leur loyer. Il y a désormais une obligation de résultat. Ce principe entre immédiatement en vigueur. Comment
Tout cela est encadré par ma loi sur le logement qui exige la mise en place, dans chaque département, d’une commission de prévention des expulsions et qui facilite le développement de l’intermédiation locative. Concrètement, une association ou un bailleur social bénéficiant de crédits de mon ministère pourra, vis-à-vis du propriétaire, se substituer aux locataires en difficulté et accompagner ces familles fragilisées. Cela doit leur permettre de rester dans leur logement. J’y veillerai.

Que prévoyez-vous pour les locataires dits de « mauvaise foi » qui se trouvent sous le coup d’un jugement d’expulsion ?
Mon objectif est clair : personne ne doit se retrouver à la rue à la suite d’une expulsion. Mauvaise foi ou pas, ils auront droit au moins à une solution d’hébergement.
La loi de 1990 sur la trêve hivernale reste en vigueur ?
Oui, mais avec l’obligation faite aux préfets de proposer une solution de relogement ou d’hébergement avant toute expulsion. Maintenant, les locataires ne sont plus seuls face aux difficultés de paiement. Il n’est pas honteux de recevoir l’aide de la commission de prévention.
Encore faut-il que les préfets aient des logements disponibles…
C’est évidemment plus facile en province qu’en Ile-de-France. Mais je veux rappeler quand même qu’on n’a jamais autant construit de logements sociaux qu’actuellement.

Le 15 mai, les Enfants de Don Quichotte installeront des campements un peu partout dans l’Hexagone. Qu’en pensez-vous ?
Franchement, je n’ai à rien à dire là-dessus. Mon action n’est pas de développer des campements provisoires, mais de trouver des solutions décentes et durables. Propos recueillis par Vincent Gaillard

A 15 ans, elle a dû fuir les huissiers

C’est un souvenir douloureux et quand elle l’évoque, son visage devient grave et ses mots sont vite submergés par l’émotion. Lorsque Christine Boutin avait « 15-16 ans », à la fin des années 1950, son père, arboriculteur, « très endetté », qui a connu le chômage, a été contraint de vendre la maison familiale en Touraine. « Je me souviens des papiers d’huissiers sur la porte d’entrée », confie celle qui a perdu sa maman à 5 ans. « On est partis en catimini la nuit, avant que les flics n’arrivent », enchaîne la ministre.
Elle n’en dira pas plus. « Cet épisode, je l’assume totalement, mes proches moins. Je ne veux pas faire de peine à ma mère, qui a 90 ans (NDLR : c’est comme cela qu’elle appelle celle avec qui son père s’est remarié et qui l’a élevée) », insiste-t-elle.
« Ma sensibilité vis à vis des plus vulnérables vient de ce que j’ai connu dans mon enfance. J’ai vécu la pauvreté et le regard de ceux qui possèdent : un regard assassin, destructeur », s’indigne-t-elle. Au final, ces années difficiles lui ont plutôt « donné de la niaque ». Le Parisien du 12 mars 2009.


 

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Dernière mise à jour le : 28 mars 2011.